Culture d’Asie et d’Okinawa

[Ryûkyû] Traduction d’un article de journal de 1909 sur les bateaux-dragons d’Itoman

On parle souvent des courses de bateaux-dragons okinawanais, harii 爬龍船. On ne connaît pas grand-chose sur ces manifestations (qui est une tradition, liée au calendrier luni-solaire, même si à Naha, qui est la vitrine de ces célébrations, ces compétitions ont perdu de leur sens pour devenir un faire-valoir touristique).

J’entends parler des courses de bateaux-dragons d’Itoman depuis que je suis enfant, mais je n’ai jamais eu l’occasion d’aller les voir. Hier, dans un jour faste, Monsieur Nishihira ma dit « viens, on va aller voir ces courses ». C’était le 4e jour de la 5e lune, et à 7 heures du matin, nous nous sommes rendus à Itoman en pousse-pousse. La route reliant Naha à Itoman venant d’être ouverte, elle est large et le tireur du pousse-pousse a pu courir sans difficulté jusqu’à notre destination en environ une heure.

Dès que nous descendîmes du pousse-pousse, Matsumura de Kyan vint à notre rencontre et nous invita à monter dans un bateau.

On nous proposa des boissons, des pâtisseries et de la pastèque.

Quand on regardait la terre depuis le bateau, on voyait une suite de gens depuis Oroku, dont des écoliers avec leurs uniformes. Le long des murets longeant la côte, il y a avait aussi des spectateurs, et sur collines, ont voyait des personnes avec leurs ombrelles.

Sur l’eau il y avait des dizaines d’embarcations variées : des bacs, des bateaux de fret, des pirogues et bien sûr les bateaux-dragons. Les rameurs des bateaux-dragons comptaient aussi bien des hommes que des femmes, des jeunes comme des vieux qui ensemble festoyaient. On entendaient leurs chants et voyaient leurs danses.

Des jeunes venant de Nakagusuku et de Nishihara, jouaient du luth, tapaient sur des tambours. Cela me rappelait la coutume du Moo ashibi.

Les gens d’Itoman sont habitués à se mouvoir dans l’eau. Un jeune garçon de huit ans environ, au corps frêle et bronzé, portait un pagne et nageait le long de la côte. Par moment, il disparaissait sous les vagues… on aurait cru un être des eaux kappa.

Les hommes et les femmes, par dizaines, entraient dans l’eau jusqu’à la taille et chantaient et dansaient. Les hommes, munis d’une corde, formaient des cercles et y agitaient des gourdes remplies d’alcool de riz distillé, ou bien chantaient. Des jeunes disputaient des matchs de lutte dans l’eau au plus grand plaisir de tous. On peut vraiment dire qu’ils sont des gens de la mer.

A onze heures passées, trois bateaux-dragons arrivèrent de loin. Les habitants virent alors à leur rencontre et chacun étaient célébrés par son équipe au son de chants. Ce genre de scène ne se voit qu’une fois dans une vie.

Comparé à ces bateaux-dragons, les bateaux de pêche, bien que décorés, faisaient pâle figure.

Les cris galvanisant, les rames qui vont et viennent, le son des cloches… les bateaux avancent à vive allure. Ce spectacle fait ressentir la magnificence de ces courses. La première place revint à l’équipe du Centre, la seconde à l’équipe de la l’Ile neuve, et l’équipe de l’Ouest arrive dernière.

Vers midi, les courses étaient finies, et tandis que les bateaux rentrèrent au port, avec mes amis nous nous sommes installés sur le muret longeant la côte pour nous reposer au frais avec une bière. Remerciant mes hôtes, je les ai laissés et après avoir rendu visite à des connaissances, j’ai regagné Naha dans la soirée.

(d'après l'Okinawa mainichi shinbun du 23 juin 1909)