Culture d’Asie et d’Okinawa

[Ryûkyû] Haru Pingan - le rite du passage au Printemps

L’année selon la tradition okinawanaise est divisée en Cinq passages Shiku 節句, ou bien en Vingt-quatre périodes Niijuuyunshikki 二十四節気 ou encore Neuf césures Kuushichi 九節. Le Pingan 彼岸est l’un de ces neuf intervalles.

L’année selon la tradition okinawanaise est divisée en Cinq passages Shiku 節句, ou bien en Vingt-quatre périodes Niijuuyunshikki 二十四節気 ou encore Neuf césures Kuushichi 九節.

Le Pingan 彼岸est l’un de ces neuf intervalles.

Pingan désigne deux périodes de sept jours intercalées entre l’hiver et le printemps, d’une part, et entre l’été et l’automne, de l’autre. Plus précisément, on prend pour repaire l’équinoxe (de printemps ou d’automne) et on y ajoute trois jours avant et après, ce qui donne sept jours. Comme cette période a lieu deux fois l’an, le Pingan pris dans sa globalité dure quatorze jours.

Celui qui nous intéresse est le premier : Haru Pingan 春彼岸.

En 2016, à Okinawa, l’équinoxe tombe le 20 mars, le Haru Pingan commence donc le 17 et finit le 23 mars.

L’origine de ce rite et de ce terme est bouddhique, il faut donc se pencher sur le sanskrit, où ce mot se dit Pāramitā et s’écrit en caractères 至彼岸, et la tradition populaire n’en a conservé que les deux derniers : 彼岸, qui se lisent Higan en japonais où ce rite existe par ailleurs. Le sens des sinogrammes est explicite : le but est l’autre rive, car selon la doctrine du Bouddha, pour connaître l’éveil, il faut quitter le rivage de nos désirs pour arriver sur celui de l’éveil.

C’est sous cette portée que ce rite, nommé O-Higan est pratiqué au Japon par les bouddhistes les plus fervents.

A Okinawa, où les croyances populaires ont toujours fait muter les rites venant des hautes couches sociales, ce rite a été raccourci. Il ne dure plus en pratique qu’une seule journée, que l’on fait tomber le jour de Grande quiétude Daian 大安 le plus près de l’équinoxe de Printemps. Cette année, c’est le 10e jour du 2e mois, soit le vendredi 18 mars.

Concrètement, on présente des offrandes aux ancêtres sur l’autel bouddhique familial : boîtes contenant des mets de fête : tofu frit, viande de porc etc., avec de l’alcool et de l’argent de papier. On demande aussi la bonne santé des siens et la protection des calamités.

Ce rite est décrit dans Les Notes sur l’origine du Pays de Ryûkyû

春分秋分の初日ヨリ三日二アル日ヲ始トシテ其後七日仏氏名ヅイテ彼岸トイフ

On prend comme jour premier celui qui correspond au troisième à partir du premier jour de la Césure de Printemps et de celle d’Automne, et on nomme ces sept jours avec un terme bouddhique : Pigan.

A l’heure actuelle, comme la société okinawanaise se sécularise, et que ce jour n’est plus férié, il est célébré en majorité dans les campagnes ou par les maisons des personnes âgées. Et surtout, parce qu’il est lié à l’arrivée du Printemps, il est significatif pour le monde paysan. De plus en plus, il prend donc des allures d’une célébration saisonnière plus que d’un rite religieux.