Culture d’Asie et d’Okinawa

[Ryûkyû] Traduction : Introduction du livre de Mabuni Kenwa Introduction au karatedô

Mabuni Kenwa écrivit en 1938 un livre destiné à présenter le karate du nom d'Introduction au Karatedô Boxe d’attaque et de défense .

Voyons cette semaine la première partie nommée « Esprit japonais et karatedô », ou plutôt son début, de l’ouvrage de Mabuni Kenwa : Introduction au Karatedô Boxe d’attaque et de défense Kôbô kenpô karatedô nyûmon  攻防拳法空手道入門.

 

Le Japon, depuis plusieurs décennies, se développe dans tous les sens. Le changement de la place du Japon sur la scène internationale depuis le début de l’ère Meiji et maintenant [la fin des années 1930] est gigantesque, peut-on dire. Au début de Meiji, le Japon prenait pour modèles les pays occidentaux, mais maintenant ce sont ces pays qui prennent le Japon comme modèle.

Le Japon, en 1894, avait dû maîtriser ses ardeurs face à la France, l’Allemagne et la Russie, au moment de la guerre Sino-japonaise. Mais, plus de quarante ans après, il peut agir à sa guise, faire face au monde entier. Cela est un cas unique dans l’Histoire. Il ne s’agit pas de devenir plus important ou de prendre une orientation militaire, mais aussi développer l’économie, le commerce, au point d’inquiéter les grandes puissances. Tout cela participe à un bond en avant, visible aussi dans les résultats scientifiques.

Comment un tel progrès a-t-il pu se produire ? C’est une évidence, mais le Japon est un pays à la surface peu étendue, aux ressources naturelles peu abondantes, et les Japonais, comparés au Occidentaux ne sont pas de bonnes conditions physique. Ce miracle a pu se produire ? C’est grâce à l’âme du Grand Japon.

L’esprit japonais est le plus grand des honneurs, ce qui a conduit le pays à sa situation actuelle. En se fondant sur le Bushidô, l’âme du Grand Japon, ou bien encore  il faut porter haut cet esprit militariste en, depuis les généraux jusqu’aux gens du peuple, donnant sa vie pour le pays. Pour entretenir et renforcer cet esprit, par le passé, on utilisait divers arts martiaux.

Depuis plusieurs décennies, à cause de l’adoption de mœurs occidentales, les arts martiaux ont perdu de leur importance. Mais grâce à l’éveil du peuple et à la prise de conscience d’une lourde responsabilité vis-à-vis de la civilisation qui arrive au Japon, l’esprit japonais est de nouveau important. Il est accompagné d’une résurgence des arts martiaux, et cela montre que leur pratique est indispensable

Une résurgence n’est pas synonyme de copie du passé. Après le grand tremblement de terre [de 1923], la cité impériale fut reconstruite mais on ne copia pas sa forme du passé, pour en faire la nouvelle Tokyo. Plus que de saisir le passé et de le reproduire, la résurgence doit être une mise à jour. Dans l’histoire japonaise, les malheurs ont engendré non pas des actions pour la restauration, mais une résurgence reposant sur la captation de nouveau éléments. C’est ainsi que le Japon a pu avancer.

La résurgence des arts martiaux doit se délester de la petitesse de la jalousie universelle qui est la clé d’une restauration pleine et entière.

Afin de renforcer l’esprit du nouveau Japon, bien admirable, qui doit guider les pays du monde entier qui doivent protéger la paix en Asie, il faut, autant que possible, saisir de nouveaux éléments, de nouvelles sources excellents et les étudier.

 

Le commentaire proposé ici n’a pas pour but de juger des qualités techniques de Mabuni ni de la valeur de son école la Shitô. Il est simplement proposé au lecteur un éclairage sur sa pensée, pour comprendre pourquoi et comment il a japonisé son karate et comprendre ce qu’il est devenu.

Dans ce texte, et c’est évident, Mabuni exprime clairement ses positions pro-Japon, ou plutôt pro-Yamato. Il encense l’Etat de Meiji, et se situe de lui-même dans la ligne militariste d’alors. Ce livre, publié à la métropole, n’est pas destiné aux Okinawanais, mais bien aux « vrais » japonais. Les rappels historiques que fait Mabuni ne sont pas tant pour son lectorat que pour montrer qu’il est lui-même un « bon japonais ».

Il vante les mérites militaires du Japon, mais en homme de Meiji, il n’oublie de rappeler les avancés techniques et scientifiques gagnées durant cette période. Il est progressiste, au contraire des Okinawanais pro-royaume jugés conservateurs, comme les Japonais fidèles au Shogun Tokugawa, dans la mesure où le passé n’est pas sa référence, mais veut au contraire aller de l’avant, à partir des traditions ancestrales.

Plus qu’un enseignant de karate, il se montre comme un idéologue cultivé, ce qui était en adéquation avec son statut de fils de famille noble. Comme ses contemporains, il maniait aussi bien la plume que « l’épée », même si ici elle est symbolique. Il était simplement dans la tradition des armes et des lettres.

Mabuni Kenwa se sent japonais avant d’être Okinawanais. Il a assimilé les notions de Grand Japon, d’esprit japonais, comme si elles étaient présentes à Okinawa depuis des siècles, or on sait que ce n’était guère le cas, même si les factions pro-Yamato ont toujours existé au sein de la cour royale.

En ce sens, on comprend aisément qu’il n’a eu aucun mal à penser que son art était plus japonais que chinois, et qu’il a de fait été dans les premiers à abandonner le signe de la Chine des Tang pour celui du vide pour écrire le terme karate.