Culture d’Asie et d’Okinawa

[RYÛKYÛ] Les rites au fil de la vie

Dans un article précédent, nous avions vu les rites liés à la naissance. Voyons ce week-end, les célébrations jalonnant l’existence tushi bii 生年祝 des Okinawanais. La base du compte du temps étant douze années, en rapport avec les douze rameaux célestes, c’est tous les douze ans à partir de la première année d’une personne que ces fêtes ont lieu. Précisons qu’il y a une exception, les 88 ans, tookachi 八十八歳, qui n’est pas une fête okinawanaise mais japonaise, importée par les japonais du fief de Satsuma durant le XVIIIe siècle. De façon générale, l’aspect festif se déroule de la même manière : on invite la famille, ou des membres de la communauté à un banquet où l’on fête la longue vie.

      A 13 ans

Juusan yuuee 十三祝

Au lendemain du Nouvel An luni-solaire, on prie le dieu du feu de la maison pour demander la bonne santé à l’enfant qui va avoir treize ans au cours de cette nouvelle année.

Puis, selon son année de naissance (du rat, du sanglier etc…), on établi son anniversaire le même jour (du rat, du sanglier). En tant que premier rite de la vie hors de la petite enfance, le Juusan yuuee est très important. Les filles se voient particulièrement, car on pense que durant les douze ans à venir, elles deviendront des personnes accomplie et devront être mariées avant leur vingt-cinq ans, âge du prochain rite.

On déguste des haricots, des fritures de pâtes sucrées, du riz rouge, de la soupe de porc, du porc, du tofu, du poisson frit.

     A 25 ans et 35 ans

Nijuugu nu yuuee 二十五祝 et Sanjuushichi nu yuuee 三十七祝

Ces rites sont ceux tombant en plein dans la vie d’adulte des femmes et des hommes.

On fête très simplement ces passages, en priant le dieu du feu et les ancêtres à qui l’on offre du thé et de l’encens. Il n’y a pas de fête avec des amis ou de la famille, car cette période pouvant attirer les mauvais esprits, il ne faut pas les attirer avec une manifestation de joie.

Le jour de la fête est établi comme pour les treize ans, selon l’année des .

      A 49 ans

Kukunu tugunjuu九五十祝

Le terme de Kukunu tugunjuu ne fait référence au chiffre 49 mais à 9 et 50. Le neuf fait référence à 49, année où l’on chasse les mauvais esprits et, cinquante est l’année du retour du bonheur.

A 61 ans et 73 ans

Rujuuichi nu yuuee六十一祝 et nanajuusan nu yuuee 七十三祝

En mêlant les dix troncs et les douze rameaux célestes, on obtient un cycle de soixante années dit sexagésimal.

Ainsi lorsque l’on atteint soixante et un an à Okinawa, on entre dans un nouveau cycle et une nouvelle vie en quelque sorte.

La personne qui fête son anniversaire pour cet âge, porte un habit rouge, synonyme de bonheur.

Il faut préciser qu’à Okinawa depuis quelques années cette fête perd de son importance, car les personnes ne veulent pas être considérées comme ayant passé un cap, c’est-à-dire être une personne âgée, et veulent être actives, comme si elles avaient toujours quarante ans, ce qui est le cas vu que beaucoup travaillent encore à soixante-dix ans.

Pour les soixante-treize ans, la fête est moins importante, mais consiste toujours à prier le dieu du feu et à réunir les amis.

Les mets consistent en de la purée de patate d’eau, des haricots, du riz rouge, de la soupe de porc, du radis séché.

       A 85 ans

Hachijuugu nu yuuee 八十五歳祝

Par le passé, franchir les soixante-dix ans était remarquable. Alors quand une personne entrait dans sa neuvième décennie, elle était très vieille. C'est pour cette raison que fêter les quatre-vingt cinq ans de quelqu'un était peu commun. Il n'est plus ici question de chasser les mauvais esprits, qui à cet âge ne peuvent plus grand-chose, mais de souhaiter la longue vie.

De nos jours, il n'est plus du tout rare d'avoir cet âge, surtout pour les femmes, alors cette fête devient moins suivie. De plus, comme trois ans après, il y a le tookachi, qui pour différentes raisons est plus important, on fête de moins en moins les quatre-vingt cinq ans de quelqu'un.

On fait simplement des offrandes au dieu du feu : des haricots, du riz rouge, de la soupe de porc, du radis séché.

     A 88 ans

Tookachi nu yuuee 斗掻祝

Originaire du Japon où elle se nomme Beiju 米寿 , cette fête n’est pas célébrée comme les autres en rapport avec les douze rameaux célestes. Le terme vient du tookachi, une sorte de vase en bambou  que l’on offrait aux invités. Il symbolisait la richesse. On offre de l’encens, du riz et de l’alcool aux ancêtres et au dieu du feu. Les mets sont typiques des plats de fête : du riz rouge, de la soupe de porc, du radis séché.

       A 97 ans

Kaji mayaa nu yuuee 風車祝

L’âge aussi élevé de 97 ans est fort important dans les communautés insulaires. La fête se nomme Kajimayaa et est fixée au 7e jour du 9e mois du calendrier lunaire, soi 9-7, c’est-à-dire l’âge en question.

Etant donné que les personnes ayant atteint cet âge ne peuvent plus vieillir, elles retournent en enfance. On leur offre donc des moulins à vent, kaji mayaa 風車 en okinawanais terme d’où vient le nom de l’évènement.

On leur présente aussi un chant et une danse exprimant les souhaits de bonne santé et de joie.

Ensuite les personnes sont invitées à monter dans une carriole décorée de fleurs en papier, de nos jours il s’agit le plus souvent d’un voiture sans toit, parfois une simple benne  d’ouvrier pour les plus modestes, afin de les faire parader dans le quartier ou le village où les habitants s’empressent pour les féliciter. Les femmes sont vêtues d’un kimono traditionnel d’Okinawa à motifs tandis que les hommes portent un kimono d’apparat et un sur-kimono de couleur dorée ou cuivrée.

On offre aux convives et au dieu du feu ainsi qu'aux ancêtres du riz rouge, de la soupe de porc, du radis séché.