Culture d’Asie et d’Okinawa

[Ryûkyû] Traduction d'un texte de Gibo Eijirô

       A Okinawa, que l’on qualifie de terre porteuse de joyaux que sont les arts du spectacle, j’ai été impliqué dans le monde des arts scéniques en tant que chargé de mission au bureau des biens culturels immatériels durant environ dix ans, entre la période de l’administration des Etats-Unis jusqu’à la rétrocession au Japon. Dans le cadre de ce travail, j’ai collecté une somme conséquente divers documents écrits, pris des notes. Remercié tous les maîtres de danse et de musique de m’avoir aidé dans mes enquêtes fut le motif de la publication de cet ouvrage.

Une autre raison fut lorsque je parlais avec des professeurs des lycées à l’occasion de l’intégration des danses d’Okinawa dans le programme d’éducation physique. Ils me dirent qu’il existait un manuel prévu à cet effet mais qu’il était trop complexe. Je me suis alors décidé à éditer un livre destiné aux débutants.

  En me mettant au travail, j’ai compris qu’il y avait une grande difficulté : les chants, les notations, les façons de dansées différaient selon les maîtres et je compris pourquoi aucun livre synthétique n’avait été produit jusqu’alors.

Mais étant d’une nature obstinée et n’ayant pas peur de mettre à la tâche, je décidai fermement de mener à bien ce projet.

  Je serai ravi, si ce livre imparfait est utile quiconque voulant apprendre les danse d’Okinawa ou bien s’il permet de découvrir cet art, ou bien s’il est l’initiateur d’autres publication de ce type.

 De plus, Je remercie les maîtres des arts du spectacle, à commencer par Majikina Yûkô et Miyazato Haruyuki, ainsi que mes camarades d’études Ikimiyagi Seiji et Tôma Ichirô, sans oublier mon professeur Misumi Haruo, ainsi que toutes les personnes liées à la publication de cet ouvrage.                                          

                                                                                                                                                                                                                                                                     Gibo Eijirô

   Commençons par découvrir Gibo Eijirô. Pour beaucoup de personnes, même à Okinawa, il est un illustre inconnu. Pour les personnes s'intéressant aux arts du spectacle, il est pourtant très connu. Il est celui qui a effectué un travail de compilation, surtout en s'intéressant aux chants accompagnant les danses. Né en 1934, il devint actif dès les années 1960 dans le milieu des arts scéniques locaux.

Puis, il fut professeur à l'université départementale des arts d'Okinawa, et fut ensuite nommé directeur du Musée d’Okinawa. Il est à l'heure actuelle directeur du Théâtre national Okinawa basé à Urasoe (juste au nord de Naha).

   Ce texte a été rédigé en 1979. On comprend qu’à l’époque, il n’y avait pas vraiment d’écrit destiné à un lectorat profane. L’art de la danse était destiné à une élite, non pas sociale, quoique il y avait peu d’ouvriers parmi les danseurs, mais à des personnes désireuses de s’investir pleinement dans une activité qui retrouvait ses lettres de noblesse après un passage à vide due à l’administration des Etats-Unis où la culture traditionnelle okinawanaise avait été mise à mal, toute frappée qu’elle fut par une vague de modernisme et de mœurs nouvelles.

On peut lire que le système scolaire voulait prendre en main le destin de la culture autochtone en l’enseignant à la jeunesse. A l’époque, ce n’étaient pas le hip-hop ou les danses de Britney Spears qui attiraient les jeunes semble-t-il.

  Le monde de la danse et de la musique d’Okinawa dut son développement à des danseurs formés avant la guerre, que nous présente Gibo : Majikina Yûkô (1889-1982) et Miyazato Haruyuki (1911-1992)

Majikina était un homme de Shuri, formé par les anciens nobles. Après la guerre, il joua un rôle décisif dans la transmission des danses modernes et du théâtre de cour.

En 1972, il fut nommé bien culturel national.

Miyazato était un maître de musique de l’école Afuso. Après avoir étudié en amateur le luth à trois cordes, il se lança dans la musique au début des années 1950. A la fin de la même décennie, il devint vice chef de l’Afuso-ryû

  Ce texte nous permet par ailleurs de faire connaissance avec des intellectuels okinawanais :

Ikimiyagi Seiji et Tôma Ichirô.

Ikemiyagi était un philologue spécialiste de la littérature okinawanaise et de théâtre. Ses travaux ont aussi porté sur le recueil Umuru sooshi.

Tôma quant à lui est un spécialiste du théâtre de cour. On lui doit aussi l'encyclopédie des Arts du spectacle des Ryûkyû parue au début des années 1980.

  Ce cours avant-propos nous aiguille donc, mine de rien, sur diverses pistes de réflexions relatives aux mondes intellectuel et artistique d'Okinawa. A tort présenté parfois comme une annexe du Japon, ou des Etats-Unis, pour ce qui touche aux idées, Okinawa, de par son histoire, a compté, et compte toujours un nombre de penseurs, de dramaturges, d'artistes tout à fait remarquable au regard du nombre d'âmes vivant en ces îles. La vision du monde okinawaise, considérant l'homme dans le milieu naturel que constitue la mer, différente de la vision japonaise centrée sur la place de l'empereur imbriquée avec le shintô, offre des expressions, des développements originaux. Par exemple, Okinawa est la seule contrée du Japon à l'heure actuelle où l'idée de république pourrait se développer. C'est en ces îles également que l'on utilise le calendrier grégorien, alors que dans le reste du Japon; c'est toujours l'année du règne en cours de l'empereur qui est la manière officielle de compter les années.