Culture d’Asie et d’Okinawa

[RYÛKYÛ] Les rites liés à la naissance

Comme dans toutes les sociétés, Okinawa compte des rites de passage, marquant les individus au fur et à mesure de leur avancée dans la vie (en France cela tend à disparaître, mais le brevet des collège par exemple est un rite de passage).

Ces célébrations peuvent être classées dans deux périodes :

+De la naissance jusqu’au premier anniversaire

+Du treizième anniversaire à la mort.

Nous allons détailler présentement ceux de la première catégorie.

En okinawanais, il existe un terme, nashi hanjoo 産し繁盛 pour désigner le fait de donner le jour à un être (nashi), joie suprême et symbole de félicité. Ce terme indique que le foyer, en plus d’être plein de bonheur est prospère (hanjoo).

On parle de kwa ya juunin bichee 子や十人祝い un enfant est plus gai que dix adultes.

L’enfant est bel et bien perçu comme un bienfait, un trésor : kodakara 子宝

Les Okinawanais, depuis les âges reculés, ont établi des rites et des fêtes pour marquer les différents moments de la vie de l’enfant. Bien sûr, à chaque fois, les ancêtres et les dieux sont conviés, en premier lieu à des fins de protection, établissant dès le plus jeune un lien entre l’enfant et le monde immatériel qui le ne quittera jamais au cours de son existence.

 

A la naissance

-Kaa urii 川下, Ubi nadi 御水撫 et Ubaki 産飯

Le jour de la naissance on affiche sur la maisonnée qu’un heureux évènement vient d’avoir lieu. On prend aussi de l’eau ubu miji 産水le plus souvent au puit, mais aussi à une rivière, d’où le terme Kaa urii « descendre à la rivière », pour laver la mère. Le plus souvent c’est la grand-mère (paternelle) qui se charge de cette tâche dès que le premier cri a été entendu. Cette eau sacrée est aussi appliquée en gouttes avec le pouce sur le front du nourrisson. Ce geste extrêmement rituel à une portée exorciste, puisqu’il vise à protéger des maux le petit être.

Selon les localités, on utilise de l’eau de mer, mais on parle toujours d’aller à la rivière. D’autres indiquent même le lieu d’une eau particulièrement pure et divine pour accomplir cet acte important.

 

Bien sûr dans les villes ou dans les familles totalement déconnectée de la tradition ces rites ont disparu, mais au moment du Nouvel An ou lors d’un mariage, on voit encore cet acte d’application d’eau sur le front.

 

Le soir, alors que la maison devient à peine plus calme, on fait des offrandes au dieu du feu et à l’autel des ancêtres : riz blanc, soupe (souvent de patate douce), alcool.

Il est évidemment question de les remercier pour le bon déroulement de l’accouchement. Les prières au dieu du feu ont pour but par ailleurs de reconnaître l’enfant comme le protecteur de la famille, tandis que celles aux ancêtres ont aussi pour fins de leur demander d’envoyer leurs âmes à ses côtés pour veiller sur lui.

Pour servir le riz si précieux, on utilise un bol spécial, dit bol à Ubaki. Dans la soupe, on ajoute des carrés de tofu où des nouilles.

 

 

-Iya waree イヤ笑え

Les Okinawanais avait aussi une coutume par le passé consistant à enterrer le placenta ainsi que le cordon ombilical, ainsi que les autre tissus résultants de l'accouchement, tous ces éléments étant nommé iya.

Le père, allait creuser un trou derrière la cuisine, en un lieu où personne ne marchait.

On faisait venir les autres enfants de la famille et ceux des voisins. Après avoir placé tous les déchets organiques dans un linge, on les plaçait au fond du trou et les recouvrait de terre, le petit monticule étant "fermé" par une lourde pierre sur laquelle on versait de l'eau sacrée. Une fois ces actions accomplies, tous riaient très fort. Le but de ces rires était de permettre au bébé de devenir une personne gaie amenant de l'amusement dans la maison. C'est l’iya waree .

 

La naissance est à Okinawa synonyme de souillure, encore plus que la mort. C'est ainsi qu'autrefois, les spécialistes des rites ne pouvaient visiter une maison ayant donné naissance à un enfant durant trois jours. Dans certaines communautés, il était interdit à l'ensemble du village d'aller dans un sanctuaire durant le même intervalle.

En effet, la souillure étant l'ennemi de la religion, il n'était pas possible de mettre en contact les dieux autres que ceux en rapport direct avec la famille du nouveau-né ni le clergé avec un groupe portant cette souillure.

 

Au deuxième jour

-Naajiki 名付

Ensuite entre le deuxième et le septième jour, il faut donner un nom à l’enfant. Autrefois, les individus portait un nom d'enfant warabi naa 童名qui était sans rapport avec le nom qu'il allait porté une fois adulte. Toujours en priant le dieux du feu de la maison et les ancêtres on annonçait le nom donné à l’enfant. La grand-mère leur offrait douze bâtons d'encens, du riz, et de l'alcool de riz. Par ailleurs, dans le jardin de la maison, on utilisait divers ustensiles pour accomplir l'autre partie du rite : un arc et une flèche, un panier en roseau, une bêche.

Après avoir dit aux dieux : "nom na chiki yabitan" nous avons donné ce nom, on visait le panier posé à la verticale avec la flèche afin d'en recouvrir la bêche. On tirait trois fois.

 

Au quatrième jour

-Jiiru shinchi 地炉退き

 Les maisons okinawanaises étaient toutes équipées d’un foyer servant à chauffer de l’eau ou à se chauffer. Il s’agit du jiiru 地炉. Lors de l’accouchement, on se sert de ce foyer pour chauffer la pièce afin que ni la mère et l’enfant ne prenne froid (en hiver bien sûr), en été il a plutôt une fonction de purification. De surcroît en amenant le feu dans la chambre, alors qu’il est dans la cuisine, on invite aussi le dieu du feu à être présent lors de l’accouchement. Au 4e jour, on éteint ce feu et on cuisine du tofu frit, des légumes sautés et des fritures très salées. Tôt le matin, si possible à marée haute, on éteint le feu et nettoie la maison et purifie avec du sel. Devant l'autel des ancêtres et le dieu du feu on dit "kwa nuchaa tan ganju umun nachikimisori"  donnez s'il vous plaît au nouveau-né force et santé. On leur offre ensuite les mets.

 

Au septième jour

-Mansan満散

Le 7e jour, lorsque les rites initiaux sont finis, on exécute la cérémonie de clôture mansan (ce mot vient de la terminologie bouddhique, quand les rites sont accomplis). On cuisine du riz rouge, des algues konbu sautées, des fritures. On les offre aux proches. Au dieu du feu, en guise de remerciement pour sa protection lors de la naissance, on présente de l’alcool, de l’encens et du riz.

Maintenant que les enfants naissent dans les hôpitaux, on fait surtout ce rite au 30e jour

A un mois

-Booji nadi 頭撫

 Quand l’enfant a un mois, on lui coupe les cheveux, ou plus précisément, les mèches dépassant au niveau de ses oreilles, en faisant attention soit atama nadii : effleurer la tête. Au moment de la coupe, on fait tourner un faisceau de trois branches enroulées dans un papier rouge en feu. On lui coupe ensuite ces mèches en trois fois.

Le rite du coupage des cheveux a disparu à l’heure actuelle.

 

Autrefois pour couper le reste du cordon ombilical, on utilisait un fil de chanvre ou de bananier, dont les fibres sont très douces. On ligaturait la base du nombril et o coupait le cordon avec un morceau de bambou. Ensuite on prenait grand soin de ce petit tissu humain que l’on pliait et faisait sécher. On y inscrivait alors le nom de l’enfant. Quand une fille se mariait, elle emportait son cordon dans son nouveau foyer.

 

-Hachi acchii 初歩き

Toujours à un mois, on sort le bébé pour la première fois de la maison. La mère effectue diverses prières pour qu’il ne lui arrive rien, et portant l’enfant dans ses bras elle le montre au voisinage. Si c’est un garçon, on choisit le jour de l’aîné du métal et si c’est une fille, le cadet du métal. Dans tous les cas, avant de quitter le seuil, on priait le dieu du feu on lui demandant de donner de la vigueur au bébé lors de la sortie. Lorsque la mère sort du foyer, la grand-mère passe son pouce sur le front de l’enfant en lui ordonnant de n’avoir d’yeux que pour sa mère. Elle place alors une paire de ciseaux dans le sac de sa fille, qui ont pour but de chasser le mauvais sort s’il s’approchait de l’enfant.

Lorsque la mère et l’enfant rencontrent des visages familiers, ceux-ci offrent une enveloppe contenant de l’argent : maasudee. A l’origine, il s’agissait de sel maasu dans une feuille de bananier qui avait pour but de chasser les mauvais esprits. Les mentalités ayant changé, maintenant, il s’agit d’argent…

 

Au neuvième mois

-Kuku nu kan 九九間

Lorsqu’il a ensuite 9 mois et 9 jours (9-9 : kuku), on sevrait l’enfant. Ce rite était surtout présent chez les familles nobles de Shuri, pour des raisons évidentes. Chez les plus humbles, l’enfant était nourri au sein le plus longtemps possible. On lui servait de la pâte de riz enveloppé dans une feuille de palmier à sucre, du riz rouge et de l’eau de cuisson du pied de porc. Tout ceci était aussi offert aux ancêtres et mangés par la famille.

Chez certaines familles vivant au bord de la mer, on préparait des coquillages grillés ou de la pieuvre bouillie.

 

-Tan kaa yuuee 誕生日祝

A l’âge d’un an, on fait la divination pour l’enfant, afin de savoir son avenir.  On dispose devant lui un pinceau,  du riz rouge, un boulier, un livre, de l’argent et de l’encre. Selon son choix, par exemple, l’argent, il sera dans le commerce,  s’il choisit le riz, ce sera un glouton, soit une personne heureuse.  Si c’est l’encre ou le pinceau, il sera un intellectuel. etc….

Bien sûr, on régale la famille et les ancêtres avec du tofu, du porc, des fritures, du riz rouge. Avant que les convives n'arrivent on présente un plateau contenant toutes ces bonnes choses sur l'autel des ancêtres. Au dieu du feu, dans la cuisine, on offre de l'alcool et du riz. Une fois que les convives sont là, on joue du luth à trois cordes, on chante et déguste ces plats.

 Le lien social étant très fort dans les communautés villageoises, lors de cette célébration, si couple qui n'arrive pas à avoir d'enfant est présent, on effectue un rite à son encontre. La mère du nouveau né que l'on fête confie son enfant à la femme afin que celle-ci soit imprégnée de l'esprit de la maternité, les dieux lui permettront par la suite de tomber enceinte pense-t-on. Le bébé est nommé mishi kuuga 見せ卵. En effet, quand une poule ne pond plus, on place des oeufs qui ne viennent pas d'elle mishi kuuga pour la stimuler à pondre à nouveau. Lorsque l'on confie l'enfant, la maîtresse de maison offre de l'alcool au dieu du feu et on brûle de l'encens. On fait de même devant l'autel des ancêtres. Si cette prière porte ces fruits, les parents devront eux aussi aider un couple sans descendance

 

Ainsi que nous venons de le lire, la naissance est un moment délicat pour la famille et aussi pour la communauté où elle évolue. S'il est évident que dans les villes, de nombreux de ces rites tendent à disparaître car il est plus important de travailler ou de vivre comme des gens de la métropole, dans les groupes restreints des villages ou des îles, où les habitants vivent littéralement comme dans une tribu, de façon interactive, complémentaire en symbiose avec les ancêtres, on pratique encore avec sérieux et croyances ces rituels. L'Etat japonais pensant que certains d'entre eux sont contraires à la bonne hygiène veut les interdire, mais l'éloignement et l'isolement de ces communautés les protègent encore.

On note aussi que le dieu du feu et les âmes des ancêtres sont tout le temps sollicités, montrant la part très grande du monde spirituel dans la société okinawanaise traidionnelle.